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Histoire vraie

La prof de yoga

Je m’étais inscrite au yoga sur les conseils de ma kiné. Mal de dos chronique, stress du boulot, le combo classique de la trentenaire parisienne qui court partout. « Essayez le Hatha, ça devrait vous détendre. » Si elle savait.

La prof s’appelait Camille. Grande, fine, des cheveux courts bruns et des yeux d’un vert impossible. Elle avait cette voix — basse, posée, enveloppante — qui transformait les instructions de yoga en quelque chose d’hypnotique. « Ouvrez vos hanches. Sentez l’espace. Laissez votre souffle descendre dans votre bassin. »

Les premiers cours, j’étais concentrée sur mes postures bancales et mes courbatures. Mais au fil des semaines, j’ai commencé à la regarder différemment. La façon dont elle se déplaçait entre les tapis, pieds nus, silencieuse. La façon dont elle corrigeait une posture en posant deux doigts sur une épaule, un genou, le creux du dos.

Quand elle me corrigeait, moi, mon corps entier réagissait. Un frisson qui partait du point de contact et irradiait partout. Je me suis dit que c’était le yoga, l’énergie, les chakras — tout le vocabulaire que je ne maîtrisais pas mais qui justifiait ce que je ressentais.

Un soir après le cours, on s’est retrouvées seules dans le vestiaire. Discussion banale — « tu viens depuis longtemps ? », « tu fais quoi dans la vie ? ». Et puis silence. De ces silences qui ne sont pas vides mais pleins. Chargés. Elle m’a regardée, vraiment regardée, et j’ai compris que je n’avais pas halluciné les semaines précédentes.

Je n’avais jamais été attirée par une femme avant. Ou peut-être que si, mais je n’avais jamais voulu le voir. Avec Camille, c’était impossible à ignorer. C’était physique, viscéral, et en même temps d’une douceur que je n’avais jamais connue avec un homme.

Le premier baiser, c’était dans sa voiture, sur le parking du studio de yoga, un mardi à 20h45. Banal et extraordinaire à la fois. Ses lèvres avaient un goût de baume à la rose. Mes mains tremblaient tellement que je n’arrivais pas à détacher ma ceinture de sécurité.

On s’est revues. Chez elle, un appartement lumineux qui sentait l’encens et le bois. Elle m’a fait l’amour comme elle donnait un cours de yoga : avec patience, attention, en écoutant mon corps plutôt qu’en imposant un rythme. Elle me demandait « là ? », « comme ça ? », « plus doucement ? » — et chaque question était une forme de respect que je ne savais même pas que je cherchais.

Ça a duré six mois. Six mois à jongler entre ma vie « normale » et ces mardis et jeudis soir qui étaient devenus le centre de gravité de ma semaine. Six mois à découvrir des choses sur moi-même que trente-deux ans de vie hétéro n’avaient pas révélées.

Camille a déménagé à Bordeaux pour ouvrir son propre studio. On ne s’est pas accrochées — on savait toutes les deux que ce qu’on avait vécu était un chapitre, pas un livre entier. Un beau chapitre, lumineux, qui m’a appris que le désir ne rentre pas dans les cases qu’on lui prépare.

Je fais toujours du yoga. Avec un autre prof. Un homme. Chauve, barbu, qui dit « namaste » avec l’accent du Pas-de-Calais. C’est très bien aussi. Mais certains mardis soir, en posture du pigeon, je ferme les yeux et je pense à des yeux verts et à une voix qui disait « laisse ton souffle descendre ».

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