On avait loué cette villa à Santorin sur un coup de tête. Thomas et moi, ça faisait six ans. Six ans de confort, de routines, de « qu’est-ce qu’on mange ce soir ? ». On s’aimait, évidemment. Mais on avait oublié de se désirer.
Le premier soir, la terrasse donnait sur la caldeira. Le soleil tombait dans la mer comme une pièce dans une fontaine à souhaits. Thomas est sorti de la douche avec juste une serviette, et je me suis surprise à le regarder. Vraiment le regarder. Ses épaules, la ligne de ses hanches, cette cicatrice au genou qu’il s’était faite en snowboard.
« Quoi ? » il a demandé en surprenant mon regard.
« Rien. Tu es beau. »
Il a souri. Pas son sourire habituel, celui des mercis polis. Un autre sourire. Celui qu’il avait au début, quand tout était neuf et qu’on ne pouvait pas se toucher sans que ça dégénère.
On a dîné dehors, sur la terrasse. Olives, feta, vin blanc trop froid. On s’est raconté des trucs qu’on ne se disait plus — pas des secrets, juste des pensées, des envies, des « tu sais ce qui me manque ? ». L’alcool aidait, le décor aussi, mais c’était surtout l’absence de tout le reste : le boulot, l’appart, les courses, Netflix. On était deux étrangers qui se connaissaient par cœur.
Quand il m’a embrassée contre le mur de la chambre, j’ai senti mes genoux faiblir comme à dix-neuf ans. Ses mains sur ma robe, ma robe qui tombait, le vent tiède par la fenêtre ouverte. On a fait l’amour lentement, sans se presser, en se regardant. Pas le sexe d’habitude, celui du samedi soir entre deux épisodes de série. Un autre sexe. Patient, attentif, presque solennel.
Après, allongés dans les draps blancs, on entendait la mer en contrebas. Il a dit : « On devrait faire ça plus souvent. » J’ai répondu : « Quoi, partir en Grèce ? » Il a ri : « Non. Se regarder. »
On est rentrés bronzés et différents. Pas transformés — on est les mêmes personnes, avec les mêmes défauts. Mais on a ramené quelque chose de Santorin. Un rappel que sous les couches de quotidien, il y avait encore cette étincelle. Il suffisait de souffler dessus.
Maintenant, le mardi soir, parfois, on éteint tout. Téléphones, lumières, écrans. Et on se regarde. Comme à Santorin.