Mon mari et moi, on en parlait depuis deux ans. Deux ans de conversations sur l’oreiller, de « et si on allait dans un club ? », de « oui mais pas maintenant ». Puis un samedi de novembre, il a dit : « J’ai réservé au Quartz pour ce soir. »
Le Quartz, c’est un club libertin parisien, plutôt haut de gamme. Dress code strict, clientèle sélectionnée, réputation d’être « bienveillant pour les débutants ». J’avais lu des avis, regardé le site, imaginé mille scénarios. La réalité était à la fois plus banale et plus intense que tout ce que j’avais fantasmé.
On est arrivés à 23h. La femme à l’accueil nous a expliqué les règles avec un naturel déconcertant. « Non, c’est non. Toujours. Même au milieu. Même si tout le monde est nu. Un non annule tout. » J’ai trouvé ça rassurant. Plus rassurant que n’importe quel club mainstream où j’avais mis les pieds.
Le bar ressemblait à… un bar. Des gens qui discutaient, buvaient, riaient. Certains en tenue de soirée, d’autres en lingerie, quelques-uns en peignoir. L’ambiance était détendue, presque conviviale. Pas l’orgie romaine que j’avais imaginée.
On a bu un verre. Puis deux. On a discuté avec un couple de quadras — elle enseignante, lui informaticien. Des gens normaux, avec des enfants, un crédit immobilier et un labrador. Ils fréquentaient le Quartz depuis trois ans et nous ont donné le conseil le plus précieux de la soirée : « Ne faites que ce dont vous avez envie tous les deux. Le club sera encore là le mois prochain. »
On a visité. Le salon jacuzzi, les espaces tamisés, les chambres avec leurs portes entrouvertes ou fermées. J’ai vu des choses que je n’avais vues que dans des films — mais en vrai, c’était différent. Plus humain, plus maladroit, plus touchant. Des corps imparfaits qui se cherchaient avec une honnêteté brutale.
Ce soir-là, on n’a rien fait avec personne d’autre. On est restés dans notre bulle, à observer, à ressentir, à se chuchoter des commentaires à l’oreille. Puis on est rentrés à la maison et on a fait l’amour comme si on venait de se retrouver après un long voyage.
On y est retournés le mois suivant. Et celui d’après. Ce n’est pas les actes qui comptent — c’est la permission. La permission de regarder, de désirer, d’être désiré. La permission d’être entièrement soi-même avec quelqu’un qui vous connaît assez pour ne pas avoir peur.
Notre règle, depuis ce premier soir : on arrive ensemble, on part ensemble, et on débriefe toujours le lendemain autour d’un brunch. C’est notre protocole. Et comme tout bon protocole, il nous protège.