AccueilConseilsSantéLibertinageHistoiresSoumettre
Nouvelle

Le message à trois points

Ça a commencé par un message. Trois petits points qui dansaient sur l’écran de mon téléphone, puis qui disparaissaient, puis qui revenaient. Léa hésitait. Après cinq minutes de ce manège, le message est finalement arrivé :

« J’ai un fantasme. Mais j’ai peur que tu me juges. »

On était ensemble depuis trois ans. Je pensais tout connaître d’elle. Ses goûts, ses habitudes, la façon dont elle fronçait les sourcils quand elle réfléchissait. Mais un fantasme secret ? Ça, je ne m’y attendais pas.

« Dis-moi. Je ne te jugerai pas. »

Nouveau ballet des trois points. Plus long cette fois.

« J’aimerais qu’on joue un scénario. Qu’on fasse semblant de ne pas se connaître. Dans un bar. Tu me dragues comme si c’était la première fois. »

J’ai relu le message trois fois. Pas parce que c’était choquant — c’était même plutôt doux comme fantasme — mais parce que Léa, la pragmatique, la cartésienne, celle qui classe ses épices par ordre alphabétique, venait de me proposer un jeu de rôle.

« Quel bar ? Quel jour ? »

Le vendredi suivant, j’étais accoudé au comptoir du Comptoir Général, un cocktail à la main, le cœur battant comme un adolescent. Je l’ai vue entrer. Robe noire que je ne connaissais pas, cheveux détachés, rouge à lèvres qu’elle ne mettait jamais. Elle s’est installée deux tabourets plus loin, a commandé un gin tonic et a fait semblant de consulter son téléphone.

J’ai attendu. Compté jusqu’à trente. Puis je me suis approché.

« Excuse-moi… je peux te poser une question un peu directe ? »

Elle a levé les yeux. Et là, j’ai vu quelque chose que je n’avais pas vu depuis longtemps : de l’excitation pure, celle du début, celle des possibles.

« Essaie toujours, » elle a dit avec un demi-sourire.

On a joué le jeu pendant deux heures. Présentation, anecdotes inventées, faux métiers, vrais éclats de rire. J’ai redécouvert son humour, sa façon de mordre sa lèvre inférieure quand elle trouvait quelque chose drôle, la manière dont elle posait sa main sur mon bras pour ponctuer ses phrases.

On est rentrés ensemble. Enfin, « ensemble » — elle a fait semblant d’hésiter devant la porte de notre propre appartement. Le sexe qui a suivi était… différent. Pas meilleur ou pire que d’habitude, juste différent. Chargé de cette énergie des premières fois, de cette nervosité délicieuse qu’on pensait avoir perdue.

Le lendemain matin, au petit-déjeuner, elle a rangé ses épices (toujours par ordre alphabétique) et m’a demandé : « La prochaine fois, c’est toi qui proposes le scénario. »

J’ai souri. Les trois petits points, cette fois, c’était dans ma tête.

Vous aimerez aussi
Histoires similaires