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Nouvelle

Sous la pluie de juillet

Il pleuvait comme il ne pleut qu’en juillet — des trombes chaudes qui transforment les rues en rivières et les terrasses en piscines. On courait, Mathieu et moi, trempés jusqu’aux os, hilares, nos chaussures clapotant dans les flaques. On cherchait un abri et on a trouvé un porche d’immeuble haussmannien, de ceux avec les moulures au plafond et les carreaux de ciment au sol.

On s’est arrêtés, essoufflés, dégoulinants. Ma robe d’été me collait à la peau comme un film transparent. Ses cheveux noirs étaient plaqués sur son front. On se connaissait depuis six semaines. Six semaines de cafés, de promenades, de textos jusqu’à trois heures du matin. On ne s’était pas encore touchés autrement que par des effleurements de mains et des baisers volés.

Dans ce porche, quelque chose a changé. Peut-être l’adrénaline de la course, peut-être la chaleur moite de l’air, peut-être simplement que c’était le bon moment. Il a repoussé une mèche mouillée de mon visage et son doigt a glissé le long de ma joue, de mon menton, de mon cou. Je n’ai pas bougé. Je respirais à peine.

« Tu trembles, » il a dit.

« C’est pas le froid. »

Son sourire. Ce sourire-là, je le garde dans un coin de ma mémoire comme une photo précieuse. Il m’a embrassée et le monde s’est réduit à la taille de ce porche. Ses lèvres avaient le goût de la pluie. Ses mains sur mes hanches, chaudes malgré l’eau, me rapprochaient de lui avec une urgence douce.

La pluie redoublait. On entendait le tonnerre au loin, comme un battement de cœur géant. Personne ne passait dans la rue — Paris avait déserté, nous laissant seuls dans notre bulle de pierre et d’eau.

On n’a pas fait l’amour dans ce porche. Pas par manque d’envie — l’envie était si dense qu’on aurait pu la toucher — mais parce que certaines choses méritent d’être construites lentement. On s’est embrassés jusqu’à ce que la pluie s’arrête, longtemps, en prenant notre temps, en cartographiant la géographie de nos bouches et de nos mains.

Quand le ciel s’est dégagé, on a marché jusqu’à chez lui. En silence, main dans la main, le bitume fumant sous le soleil revenu. Ce soir-là, dans sa chambre aux volets entrouverts, avec l’odeur de la terre mouillée qui montait de la cour, on a fait l’amour pour la première fois. Et c’était exactement comme ce porche : un abri trouvé par hasard, une évidence sous la pluie.

Mathieu et moi, ça n’a duré qu’un été. Mais cet été-là valait toutes les saisons du monde. Et chaque fois qu’il pleut en juillet, je souris.

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